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Conférence de Stan GROF à l'INREES

A écouter, la conférence de Stan GROF !
le lien audio de la conférence


Depuis une cinquantaine d’années, le psychiatre Stanislav Grof, M.D. conduit des recherches sur les états non ordinaires de conscience. Ses premières recherches ont été consacrées à l’usage clinique des drogues psycho-actives. Avec son épouse Christina, il a développé la technique de respiration holotropique, une méthode innovante de psychothérapie expérimentale. Stanislav Grof est, avec Abraham Maslow, l’un des fondateurs et principaux théoriciens de la psychologie transpersonnelle.

Lors des cinquante années durant lesquelles j’ai exploré différents types d’états non ordinaires de conscience, je suis tombé sur un grand nombre de phénomènes que l’actuel cadre conceptuel de la psychiatrie ou de la psychologie ne permet pas d'expliquer. Dans mes livres, et plus particulièrement dans Quand l’impossible arrive, je donne de nombreux exemples d’observations. Je suis fasciné par ces « anomalies » et suis convaincu que leur étude nous conduira à une profonde révision des suppositions métaphysiques fondamentales sur lesquelles la science occidentale est aujourd'hui basée, révision comparable au cataclysme qu’eurent à subir les physiciens dans les trois premières décennies du 20e siècle.

Biographie de Dr. Stanislav Grof

Le psychiatre tchèque Stanislav Grof est l’un des pionniers dans la recherche des états modifiés de conscience. Il commence ses recherches sur les drogues psychédéliques, surtout le LSD, en 1956 à l’Institut de Recherches Psychiatriques de Prague où il les poursuit jusqu’en 1967. Il part ensuite à Baltimore, aux Etats-Unis, pour devenir chercheur et professeur de psychiatrie à l’Université John Hopkins. De 1967 à 1973, il sera chef de projet au centre de Recherches Psychiatriques du Maryland, où il poursuivra ses recherches sur le potentiel psychothérapeutique des états de conscience produits par l’utilisation du LSD dans un contexte approprié. De 1973 à 1987, il est professeur-résident à l’Institut Esalen en Californie, où il développera, avec son épouse Christina, une méthode innovante de psychothérapie expérimentale : la respiration holotropique.
Stanislav Grof est, avec Abraham Maslow, l’un des fondateurs de la Psychologie transpersonnelle. Il a mis sur pied et dirigé pendant de nombreuses années le grf transpersonal Training, enseigne au California Institute of intégral Studies et parcourt le monde pour donner des conférneces et animer des séminaires de respiration holotropique.
Il fut Président de l’International Transpersonal Association en 1971 et responsable de congrès internationaux dans le domaine du transpersonnel.

références bibliographiques :
  • Pour une psychologie du futur (Dervy, 2002)
  • Psychologie transpersonnelle (J'ai lu, 2009)
  • Le jeu cosmique (Editions du Rocher, 1998)
  • Quand l'impossible arrive (Editeur Guy Tredaniel, 2007)
  • L'ultime voyage (Guy Trédaniel , 2009)

Stage Respiration Holotropique en Espagne - Août 2010


De retour de cette magnifique semaine,
nous vous offrons l'interview de Stan Grof sur place :

Interview de Stan GROF 23 août 2010

Et quelques
photos : l'équipe du GTT avec Stan GROF,
l'équipe de la semaine, les conférences , Stan & Christina GROF, les sessions de respiration holotropique

Prochaines formations : consulter le lien GTT

A bientôt !

Stan GROF à Cancun - conférence 2012



2012 AND HUMAN DESTINY: END OF THE WORLD OR CONSCIOUSNESS REVOLUTION?
Stan Grof, M.D.

Since the publication of Jose Arguelles’ book The Mayan Factor: Path Beyond Technology (Arguelles 1987) brought to the attention of lay audiences the ancient prophecy concerning the end of the Maya Long Count calendar, which started on August 11, 3114 BC, and will end on December 21, 2012 AD, this date has become the focus of many articles, books, and of a forthcoming movie entitled 2012. Similar prophecies about the end of the Great Cycle can be found in many other cultural and religious groups – the Hopi, Navajo, Cherokee, Apache, Iroquois confederacy, ancient Egyptians, the Kabbalists, Essenes, Qero elders of Peru, the Subsaharan Dogon tribe, and the Australian Aborigines.

With a few exceptions, the Mayan prophecy about the end of the cosmic cycle, the Fifth World, has been interpreted in terms of actual physical destruction of humanity and of the material world, in a way similar to the interpretation (or better misinterpretation) of the term apocalypse by Christian fundamentalists, particularly the millions of American Christians who believe that at the time of this global destruction they will experience “rapture” and be united with Jesus.

People who see it this way are not aware of the fact that the original and literal meaning of the term apocalypse (Greek) is not destruction but "lifting of the veil" or "revelation.” It referred to the disclosure of some secrets hidden from the majority of humanity to certain privileged persons. The source of the misinterpretation of this word is probably the phrase “apokálypsis eschaton” which literally means "revelation at the end of the æon, or age."

The purpose of this conference is to explore a radically different, more optimistic interpretation of the Mayan prophecy – as referring to the end of the world as we have known it: a world dominated by unbridled violence and insatiable greed, egotistic hierarchy of values, corrupted institutions and corporations, and irreconcilable conflicts between organized religions. Instead of predicting a physical destruction of the material world, the Mayan prophecy might refer to death and rebirth and a mass inner transformation of humanity. In order to explore this idea, we have to answer two important questions, First, how could ancient Mayans two thousand years ago predict what situation humanity would be facing in the twenty-first century? And second, are there any indications that modern society, more specifically the industrial civilization, is currently on the verge of a major psychospiritual transformation? I will try to address these questions in the course of my presentation.


STANISLAV GROF, M.D., is a psychiatrist with more than fifty years experience researching the healing and transformative potential of non-ordinary states of consciousness. He is one of the founders and chief theoreticians of transpersonal psychology and founding president of the International Transpersonal Association (ITA). On October 5, 2007, he was granted the prestigious award - Vision 97 - from the Czech ex-President Václav Havel and his wife Dagmar. His groundbreaking theories influenced the integration of Western science with his brilliant mapping of the transpersonal dimension. Among his many books are Psychology of the Future, The Cosmic Game, When the Impossible Happens, and The Ultimate Journey.
stanislavgrof.com

BRINGING TOGETHER Stanislav Grof, Jacque Fresco and Roxanne Meadows of the Venus Project, Jose Arguelles, Graham Hancock, John Major Jenkins, Christine Page, Daniel Pinchbeck, and Miguel Angel Vergara, this significant gathering promises to be the groundbreaking lead up to the 2012 planetary cyclical change.

Following the conference there will be a special pilgrimage to the Mayan Sacred Living Temples of Chichen Itza, Coba, Ek Balam, and Muyil.

2012: TIPPING POINT
THE PROPHETS CONFERENCE CANCUN
The End of the World As We Have Known It!

Conference 22-24 January 2010
Conference and Mayan Sacred Temple Pilgrimage 22-29 January 2010

Interview de Satnislav Grof

Journal Réel : septembre 2004
Interview Stanislav GROF : Respiration Holotropique
Propos recueillis par Georges DIDIER en collaboration avec Deborah BACON pour la traduction.
Stanislav Grof, dirige actuellement le Grof Transpersonal Training, formant des thérapeutes dans le domaine transpersonnel, enseigne au California Institute of Integral Studies, parcourt le monde entier pour y donner des conférences et animer des séminaires de Respiration Holotropique. Il fut président de l’International Transpersonal Association, responsable de congrès internationaux dans le domaine transpersonnel, chef de projet des recherches psychiatriques au Centre de Recherches Psychiatriques du Maryland, professeur assistant de psychiatrie à la Faculté de Médecine John Hopkins.

Réel : Pour vous la matière et la psyché ne sont pas indépendantes ?
- Stanislav Grof : Au départ, ma vision de la psyché et de la conscience était comme celle de tout un chacun. Puis, j’ai étudié les états non ordinaires de conscience et cela a fait émerger tellement d’observations et de réflexions différentes que je ne pouvais pas les intégrer dans une vision traditionnelle du monde. Je vois aujourd’hui la psyché comme étant parallèle à la matière, comme le font les traditions spirituelles de l’orient, le yoga, le bouddhisme, le taoïsme ou le soufisme. J’aimerais vous donner l’exemple d’une personne. Elle est sur la table d’intervention chirurgicale pour un arrêt cardiaque. Quand les médecins et les infirmiers essaient de la ressusciter, elle voit que sa conscience a quitté son corps, s’en est séparée et se déplace librement dans la salle et va, par exemple, s’installer près du plafond et observe avec une attitude intéressée et détachée ce que l’équipe médicale est en train de faire à son corps. Elle a une capacité totale de pouvoir percevoir ce qui se passe dans la salle sans passer par le moyen des sens. Les yeux sont fermés et la conscience peut décider de traverser les murs et d’explorer d’autres parties du bâtiment ou même d’aller vivre quelque chose qui se passe à 1000 km de là. Quand des personnes aveugles vivent un état modifié de conscience et quittent leur corps, elles ont la capacité de voir. La psychiatrie et la science conventionnelle n’arrivent pas à expliquer cela.

Réel : Vous posez qu’il peut y avoir une conscience à l’extérieur du corps ?
- S.G. : La conscience forme une sorte d’alliance avec lui. Elle n’est pas un produit du corps. Je pourrais vous en donner de nombreux exemples venant de personnes qui expérimentent avec des substances psychotropes, qui participent à des séances de respiration holotropique ou qui sont dans des processus d’émergence spirituelle.

Réel : L’inconscient freudien est beaucoup trop petit pour vous ?
- S.G. : J’ai étudié le modèle freudien où la psyché est limitée à la biographie post-natale et à ce que Freud appelait l’inconscient individuel. Si on étudie les états holotropiques, les chamans, les rites de passage ou des états que peuvent vivre des initiés qui traversent les mystères de la mort et de la renaissance, les expériences des yogis, des bouddhistes, des soufis, des mystiques chrétiens, les expériences psychédéliques, les NDE et aussi les expériences qui peuvent venir dans certaines formes de psychothérapie assez intenses ou puissantes, tous ces états dépassent de loin le territoire que Freud décrit comme étant la psyché. En travaillant avec ces différents états, il s’est avéré nécessaire d’élargir la cartographie de l’inconscient aux différentes étapes de la naissance, puissamment enregistrées dans notre psyché.

Le deuxième ajout c’est l’expérience transpersonnelle : un individu peut s’identifier à d’autres individus ou à la conscience d’un groupe. On peut dépasser les limites des frontières humaines et se vivre comme étant d’autres formes de vie comme par exemple des animaux auxquels on peut accéder de façon tout à fait juste et authentique. On peut voir le monde à travers les yeux de l’aigle, sentir les courants d’air pendant qu’on vole. Le subconscient peut aussi nous amener à vivre le royaume des plantes ou vivre à différentes époques de l’évolution de l’humanité.

Réel : Comment peut-on être sûr que ce n’est pas une illusion psychotique ?
- S.G. : Ça, c’est le positionnement de la psychiatrie universitaire. Les expériences dont je parle ne sont pas nouvelles, les psychiatres le savent depuis longtemps. Mais puisque leur modèle est trop étriqué, tout ce qui n’y rentre pas est pathologisé. Le fait de devenir quelqu’un d’autre où un groupe de personnes permet d’accéder à de nouvelles informations qui peuvent être vérifiées par la suite. Ce ne sont pas des fantasmes, ce sont des domaines de réalité, d’autres réalités.

Réel : Pour entrer dans la pratique holotropique, ne faut-il pas avoir une certaine structure pour pouvoir digérer où intégrer la notion d’un dépassement des limites du temps et de l’espace ? N’y a-t-il pas un danger ?
- S.G. : Dans les cultures indigènes les hommes vivent dans des cosmologies plus larges et plus reliées. La révolution scientifique et industrielle a rejeté tous ces royaumes-là car il y avait un engouement pour la découverte et le développement de la raison et du progrès technologique. On a glorifié la raison. Tout ce qui n’était pas rationnel était rejeté. Aujourd’hui dans notre culture, les personnes qui vivent des expériences transpersonnelles se trouvent dans une situation bien plus difficile. Quand on travaille dans des états de conscience non ordinaires, que ce soit des sessions psychédéliques, de la respiration holotropique ou des processus d’émergence spirituelle, une partie importante du travail est d’aider les gens à gérer l’interface entre leur expérience et le reste de la culture.

Réel : Que pourriez-vous dire aux "psy" français qui sont très méfiants de la fusion ?
- S.G. : Fusion avec quoi ?

Réel : Avec l’autre ! Je vais le dire autrement. En France toute la psychanalyse est basée sur la question de l’accès à la différenciation alors que toute votre philosophie semble être une philosophie de réconciliation et d’union !
- S.G. : L’expérience de l’autonomie ou de l’indépendance n’est que la moitié de l’histoire. A un niveau plus profond, l’expérience de l’union a une importance cruciale. Par exemple, les mémoires symbiotiques positives dans le ventre maternel et pendant l’allaitement sont essentielles pour que la personne puisse avoir un bon sens de son ancrage. Chacun connaît ce besoin de "s’accrocher" comme le fait le bébé. Si dans la petite enfance ces besoins sont vraiment saturés et totalement satisfaits, cela donne des personnes qui ont un bon sens d’elles-mêmes et qui peuvent être sainement indépendantes. Celles qui n’ont pas suffisamment expérimenté ça ont une absence de contact à un niveau émotionnel profond. Elles continuent à en avoir besoin et ont du mal à se sentir autonomes.

Réel : Mais comment se différencier d’une matrice non différenciée ?
- S.G. : Ça va encore plus profond dans la psychologie transpersonnelle parce que la nature même de l’univers émerge à partir d’une sorte de matrice non différenciée. L’unité sous-jacente est là derrière la séparation. On peut démontrer ça sur le plan philosophique et on peut vivre cela sur le plan mystique. On est capable de vivre le monde comme s’il était distinct de nous, séparé et en même temps on a conscience que ce qui sous tend tout cela, c’est l’unité. Enseigner aux gens qu’ils sont séparés, c’est ne leur donner que la moitié des outils. La découverte de l’holographie a donné une perspective scientifique pour regarder toutes ces questions. Dans l’hologramme on a cette situation où le tout est contenu dans chaque partie.

Réel : Cet esprit - le sens du un - est indispensable pour la survie de la terre ?
- S.G. : L’approche scientifique occidentale s’appuyait beaucoup sur le darwinisme, la survie du plus fort qui faisait que la compétitivité, l’agressivité, le fait de gagner alors que l’autre perd était normal. Ces mécanismes-là se jouent, se déroulent dans la vie des individus mais aussi dans la vie collective.

Ça peut sembler normal pour les Etats-Unis, la France et d’autres pays capitalistes, que les ressources de certaines parties de la planète soient pillées et gaspillées. Mais une expérience profonde d’unité avec la nature, le cosmos et beaucoup d’autres choses conduit à une vision tout à fait autre de l’écologie. Cela amène à un esprit de synthèse, de synergie, de coopération paisible entre les nations et avec les autres espèces. L’idée est que tout ce que nous faisons à la nature nous nous le faisons à nous-même. Cela implique aussi que chacun de nous prenne la responsabilité pour ce qui se passe dans le monde. Pour Bush, il y a une bataille entre le bien et le mal et nous serions le bien. Le mal serait à l’extérieur. La vision alternative exprime que si nous avons un problème, alors la planète a un problème. Ceux de l’Inde, sont les nôtres. La faim en Somalie, c’est également notre problème. Sinon nous créons des insatisfactions et des décalages qui mènent à des conflits.

Réel : Les français ont besoin de comprendre le chemin que vous suivez dans les expériences holotropiques que vous proposez.
- S.G. : Il y a plusieurs manières d’entrer dans le transpersonnel. L’une, c’est de traverser les différentes matrices périnatales et d’intégrer ce qui a été vécu à la naissance. Une autre manière montre que l’on peut entrer dans une expérience océanique ou d’autres dimensions transpersonnelles sans passer par les matrices. Un exemple serait le processus initiatique des chamans qui vivent une crise spontanée qui les éloigne de la matrice de la tribu. Dans leur voyage visionnaire ils descendent dans le monde souterrain, se trouvent emprisonnés et sont exposés à des épreuves physiques et émotionnelles très difficiles. Ils se vivent comme étant annihilés, démembrés et par la suite réorganisés où rassemblés mais autrement qu’avant. Ils peuvent vivre aussi une sorte de voyage magique dans des royaumes célestes. Ils peuvent être comme une sorte d’oiseau solaire, ou un oiseau de tonnerre ou être porté par l’oiseau jusqu’au soleil. Parfois c’est comme s’ils grimpaient l’arbre du monde ou escaladaient un arc-en-ciel. Si vous regardez cela de près, c’est comme s’ils reprenaient symboliquement le chemin d’une naissance. Le chaman se connecte intimement avec les forces de la nature, les animaux et là où le psychothérapeute peut beaucoup apprendre, c’est que ce voyage a un effet d’auto guérison. C’est tellement courant que les anthropologues appellent les chamans, les guérisseurs blessés. Ils se guérissent d’abord mais à travers ce processus d’auto guérison, ils découvrent comment guérir les autres. Cette médecine énergétique on la trouve dans la médecine chinoise, l’acupuncture ou l’homéopathie. C’est l’idée que derrière les maladies il y a des blocages d’énergie et que si nous pouvons libérer ces blocages cela peut conduire à la guérison.

Réel : Ces blocages, ce sont des blocages de séparation ?
- S.G. : Beaucoup de ces blocages sont créés par la séparation. Il y a des blocages qui viennent à la naissance quand on vit cette séparation douloureuse avec la mère. Les fractures aussi, ça fait mal, mais si on bouge ça fait encore plus mal… donc on ne bouge pas, on est figé et même si la fracture guérit, il y a toute une espèce de rétention pour éviter de souffrir qui reste comme engrammée.

Réel : Pouvez-vous nous parler des liens entre les matrices périnatales et d’autres niveaux de l’expérience transpersonnelle ?
- S.G. : On peut entrer dans le transpersonnel en ré-expérimentant pleinement et consciemment ce qui nous est arrivé biologiquement à la naissance. Le fait de passer par là peut nous faire entrer dans des dimensions psycho-sprituelles plus vastes. Les matrices périnatales que j’ai décrites dans mes livres ont en fait des liens tout à fait étroits et profonds avec l’expérience religieuse. La situation du fœtus dans une matrice "positive" peut être revécue comme étant le paradis ou s’associe, dans le revécu, à l’archétype du paradis.

La deuxième matrice, là où on est coincé dans un endroit où se vivent beaucoup de souffrances émotionnelles et physiques car on ne voit pas d’issue, devient l’équivalent de l’enfer. L’enfer étant donc souffrance sans perspectives. Quand dans la divine comédie de Dante, Virgile amène Dante aux portes de l’enfer, il inscrit au-dessus du portail d’entrée : "Laissez tout espoir en entrant ici".

Quand le col de l’utérus s’ouvre (3° matrice), il y a la lutte pour sortir, et là, ça devient le purgatoire car la souffrance peut déboucher sur un bon résultat et l’ouverture elle-même. Dans le nouveau testament, Nicodème dit à Jésus : "Comment est-ce que je pourrai naître une deuxième fois ? Je suis un homme grand, regarde le bassin de ma mère". Jésus dit : "Il ne s’agit pas de naître de la chair, il s’agit d’une naissance d’eau et d’esprit". Dans beaucoup de contextes spirituels, dans les rituels, dans les initiations chamaniques, il y a ces mystères de mort et renaissance.

Mais renaître donne un deuxième accès (4° matrice), c’est la dissolution des frontières. Quand on est face à une scène naturelle d’une beauté extraordinaire, ou une architecture magnifique, ou à une œuvre musicale magnifique comme une symphonie de Bach, tout d’un coup on ne peut plus retenir ses limites. Ça se dissout. On devient Un. On ne se rend plus compte où est la frontière, où se termine notre corps et où commence l’union mystique. Si on parle en termes astrologiques, le schéma de mort et renaissance serait plutonien, l’union mystique neptunienne et océanique.

Réel : Cette aspiration spirituelle pourrait l’emporter dans l’organisation psychique du désir ?
- S.G. : L’inspiration spirituelle peut nous emporter dans la renaissance mais ce n’est pas obligatoire. Cela arrive aux individus qui ont une pratique spirituelle. Beaucoup de gens qui n’ont pas d’aspiration de recherche spirituelle commencent tout simplement à vivre des expériences nouvelles dans leur vie ordinaire.

Réel : Pouvez-vous donner un exemple d’identification à un archétype ?
- S.G. : Chaque culture a son propre panthéon d’archétypes. Hindous, Egyptiens, Grecs. Dans des états non ordinaires de conscience on peut les expérimenter, les rencontrer, les vivre, les devenir.

Par exemple, en sortant du canal de la naissance, au lieu de rencontrer votre propre mère, vous pouvez monter d’une octave et rencontrer la déesse maternelle archétypale. Ça peut avoir parfois une connotation culturelle spécifique, ça peut prendre la forme de la vierge Marie. Il y a beaucoup de mères divines, d’archétypes où de formes différentes de la mère divine. Elle pourrait même prendre une forme tout à fait universelle et ne pas être reliée à une tradition spéciale et être la mère de toutes les mères. On peut donc la devenir aussi comme on peut devenir le Shiva dansant.

Dans cette perspective, on peut aussi rencontrer Jésus en tant qu’archétype. Jung parlait de Jésus comme étant l’archétype du Soi. Jésus était humain mais aussi divin. Pour Jung, on a ces deux niveaux : on a la personnalité du soi ordinaire et puis on a ce qu’il appelle le Soi supérieur.

Vu ainsi, Jésus serait un archétype intemporel mais qui pendant une certaine période historique gouvernait en quelque sorte les événements historiques. Donc, on voit souvent des gens à un certain moment dans leur processus de mort et de renaissance s’identifier avec Jésus sur la croix.

Je me souviens d’un stage de 36 participants. 18 respiraient en même temps les yeux fermés et ne se voyaient pas. 6 s’identifiaient en même temps avec l’archétype de Jésus sur la croix en train de vivre la mort/renaissance. C’est une expérience très courante mais beaucoup de patients en psychiatrie restent coincés dans ce moment-là, dans le sens où leur expérience d’être Jésus est tellement convaincante qu’ils se croient être le Messie revenu. Leur approche vient de la perspective d’une religion organisée, institutionnalisée dans l’idée que l’incarnation du divin ne s’est produite qu’une fois et que nous sommes tous des pauvres pêcheurs qui attendons le retour.

Ces gens-là peuvent vivre l’expérience tout à fait authentique de devenir Jésus, ils finissent par le croire et ils appellent les gens pour le dire. Ils veulent simplement dire qu’ils sont dans cette expérience-là, mais ça crée des problèmes avec les institutions. Ç’est un exemple courant. Il est important que les gens sachent que ce qu’ils vivent ne les rend pas extraordinaires ou exceptionnels. On peut tous vivre ces expériences sacrées. Cette inflation d’identification à un archétype se produit quand la personne se relie à l’archétype, le vit mais l’ego ne cédant pas, ça devient une expérience : "je suis Dieu à la différence de vous qui ne l’êtes pas. Vous, vous n’êtes que des gens ordinaires". Par contre si la personne traverse jusqu’au bout l’expérience alors elle aborde ce qu’on peut voir chez les Hindous, cette réalisation que "je suis Dieu mais vous l’êtes et tout le monde l’est aussi".

Si je vais faire la vaisselle, je sais que c’est Dieu incarné qui fait la vaisselle. Le monde devient divin. Il est empli d’intelligence divine et tout est sacralisé. Mais puisque tout est sacralisé, on n’en fait pas une grande histoire.

Propos recueillis par Georges DIDIER en collaboration avec Deborah BACON pour la traduction.
- © Article et photo : Journal Réel

Bibliographie :

Stanislas Grof est l’auteur de :
- La rencontre de l’homme avec la mort ;
- Royaumes de l’inconscient humain ;
- Psychologie Transpersonnelle ;
- Les nouvelles dimensions de la conscience ;
- L’esprit holotropique ;
- Le jeu cosmique, (éditions Rocher) ;
- Au-delà de la mort (Seuil) ;
- Psychothérapie du futur (Dervy) ; et de A la recherche de soi, en collaboration avec C. Grof aux éditions Rocher.


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Article mis à jour le mardi 31 août 2004